Partager l'article ! Vers une démocratie universelle.: Il ne suffit pas de déclarer le capitalisme hors circuit, il est nécessaire d’élaborer des idées précis ...
Il ne suffit pas de déclarer le capitalisme hors circuit, il est nécessaire d’élaborer des idées précises sur les structures susceptibles de le remplacer. Tel est le but de cet ouvrage.
Une étude sur une nouvelle démocratie doit nécessairement partir de l’analyse de notre société réelle. Elle doit tracer des perspectives à long terme non pas idylliques, mais empreintes d’un réalisme raisonnable, s’appuyant sur des prospectives scientifiques. Cette démocratie universelle restera pour un temps une utopie dans la mesure où la vision correspondante du monde reste inachevée, mais la conception d’un nouvel humanisme restera le but, la visée ultime de cette utopie. Dans la démocratie universelle, la notion d’égalité matérielle doit être remplacée par celle de développement maximum de chaque personnalité dans une situation donnée, dans une société déterminée.
Faire passer la théorie dans la pratique, telle est la préoccupation de cette étude. Il faut partir non d’une idée, mais de l’analyse concrète de la réalité, de la nature contradictoire de l’homme. Vouloir supprimer les contradictions dans lesquelles il évolue, par lesquelles il se construit, c’est nier l’existence même de sa vie, les possibilités de réalisation de sa personnalité. L’homme doit apprendre à utiliser ces contradictions pour dominer les conditions de sa vie. Il doit participer activement aux choix qui s’offrent à lui. En fait, l’homme n’est ni bon ni mauvais, ni ange ni bête. Il est un être vivant qui lutte pour sa vie et d’abord pour sa survie (pas seulement dans les pays pauvres.) Cette lutte n’en reste pas moins l’essence de la formation de toute personnalité. Éliminer la lutte, la contestation, c’est tuer la personnalité.
Chacun cherche, et c’est là tout le sens de sa vie, à développer au maximum sa personnalité, à transcender ses possibilités, sans toujours savoir quel est le meilleur chemin pour y parvenir. Cette transcendance implique effort contre soi-même, courage et abnégation, qualités qui se développent par l’intermédiaire d’une solidarité sans faille avec les autres. Le problème consiste à passer d’une contradiction antagoniste : « c’est toi ou c’est moi”, à une contradiction dialectique : “c’est toi et c’est moi” qui, tantôt s’appuyant l’un sur l’autre, tantôt s’opposant l’un à l’autre, cherchons à progresser ensemble.
Il est souvent nécessaire de pouvoir s’adresser à un “arbitre” pour mettre de l’ordre dans ce chaos et pour imposer la décision la moins injuste, tout en respectant la dignité de chacun. Le pouvoir de l’entraîneur d’une équipe sportive est indispensable pour imposer à tous les principes que tous doivent respecter, même s’ils sont parfois difficile à accepter. Sans ce pouvoir fort, l’équipe végétera dans un flou où personne ne trouvera plus le plaisir de jouer. Que cette autorité soit démocratiquement désignée et acceptée cela n’en occulte pas moins la nécessité de cette autorité.
Ainsi, politiquement, ce ne sont pas les patrons (ou l’Etat) qu’il faut éliminer, mais tous ceux qui gagnent un argent considérable sans travailler, ou sans faire participer leurs capitaux au développement des potentialités sociales. Ce qu’il faut éliminer, c’est l’absolutisme de leur pouvoir, l’irréversibilité de leurs décisions. Ce qu’il faut éliminer surtout, c’est la tyrannie de l’argent sur tous les aspects de la vie humaine. Cela impose non seulement de nouveaux critères de production mais surtout le développement d’un nouvel humanisme.
L’ensemble de ces idées forment la trame de mon ouvrage qui a pour but de présenter concrètement ce que peut être une démocratie universelle. Elle s’érige sur trois niveaux structurels différents qui forment les trois parties de l’ouvrage : le niveau régional (entreprises…) ; le niveau national et le niveau mondial. Chaque niveau a ses lois, ses exigences, son fonctionnement propre. Le niveau de complexité de chacun d’eux est équivalent ce qui permet de les traiter suivant un principe d’analyse analogue.
Comme ce niveau de complexité est aussi semblable à celui des différents niveaux du vivant, c’et en partant des propriétés des structures vivantes que l’on élaborera les principes de fonctionnement concrets de chacun de ces niveaux de l’organisation sociale. Le monde vivant est caractérisé par trois principes directeurs : la dispersion de l’information, le principe du minimum, la logique dialectique. Ces différents principes ont été longuement étudiés dans mon livre : « Vers une philosophie scientifique » (L’Harmattan) et un résumé en sera présenté.
Certains pourront penser que cette démarche est osée. Mais elle est beaucoup moins arbitraire que tous les concepts idéologiques ou empiriques ordinairement utilisés dans les “sciences”sociales. Je leur donne rendez-vous après la lecture du livre dont seul le premier chapitre présente quelques difficultés théoriques. Alors, ne vous découragez pas ! Si ce livre date bientôt d’une dizaine d’années, il n’a presque pas pris de rides et dans l’ensemble il est plus actuel que jamais, les conditions objectives de sa diffusion semblant désormais réunies.
Même si bien des points restent incomplets ou insuffisamment approfondis, un essai d’objectivité reste un souci permanent de cette étude. Notre but n’est pas de donner une vérité toute faite, aussi indiscutable que la vérité scientifique, mais de présenter un certain nombre de concepts afin de provoquer une discussion aussi large et aussi positive que possible.