Présentation

2° PARTIE: De la logique classique à la logique dialectique

Lorsqu’on n’est pas dans le monde scientifique, le futur n’est jamais déterminé par le présent. Le présent n’est que le point de départ de ce que sera le futur. Le réel est le possible réalisé et le possible est le réel en cours de transformation. Le monde n’est pas simplement un complexe de choses, mais un complexe de processus. Une chose est la fin d’un processus et le commencement d’un autre. L’unique propriété de la matière est d’être une réalité objective en perpétuel mouvement.

Le hasard est partie intégrante du mécanisme de transformation par lequel s’opère l’évolution. Ce sont la disponibilité et les multiples possibilités de combinaison fournies par la méthode des essais et des erreurs qui exigent la production de hasards. Le hasard agissant sans choix devient ainsi une condition de fonctionnement de systèmes complexes comme les êtres vivants. Tout système renferme en soi infiniment plus de possibilités qu’il n’en peut réaliser. Mais à chaque pas, la réalité ne peut choisir qu’une fois et ce choix lui ferme tous les autres possibles. Très souvent, ce ne sont pas les possibilités les plus raisonnables qui sont réalisés : l’imagination de la nature dépasse de loin la nôtre.

Le passé ne détermine pas de façon univoque le futur. Tout se passe comme si le hasard agissait dans des champs de possibilités, conduisant à des résultats conformes aux probabilités correspondantes. C’est là une des raisons de l’irréversibilité temporelle. Le déterminisme scientifique est le résultat d’un double réductionnisme : temporel et spatial. La réduction temporelle signifie que dans toute expérience scientifique on passe du temps réel irréversible à un temps reprenant à volonté la valeur zéro. La réduction spatiale implique l’extraction de la réalité complexe et multiforme d’un seul de ses aspects (ou d’un très petit nombre) que l’on étudie à l’exclusion des autres. à cause du double réductionnisme scientifique, un phénomène physique a toujours des limites qui lui sont imposées par des considérations extérieures : il y a toujours quelque chose pour s’opposer à l’infini. Comme le mathématicien a « peur » de la contradiction, le physicien a « peur » de l’infini.



On s’étonne alors de voir que les postulats scientifiques ne sont pas toujours opératoires dans le monde réel. Ce qui ne veut absolument pas dire que le monde réel n’obéisse pas aux lois scientifiques, mais seulement que celles ci sont insuffisantes pour appréhender les aspects les plus spécifiques du monde et notamment son historicité concrète. Il est alors nécessaire de remplacer la logique classique par une logique plus générale, plus souple, dont la logique classique n’est qu’un cas particulier.

Le déterminisme probabiliste intègre le déterminisme classique comme moment nécessaire de la connaissance, mais il le dépasse en se plaçant explicitement dans le temps réel et en replaçant chaque chose dans son contexte global. Pour le déterminisme probabiliste, seule est déterminée la probabilité d’un événement futur. C’est donc un déterminisme plus lâche, mais c’est la rançon qu’il faut payer pour élargir considérablement le champ d’application de ce déterminisme.

Dans le chapitre 2 , nous montrerons que monde a une histoire. Une histoire où l’ensemble statistique des états présents à un instant donné tient lieu de base expérimentale nécessaire à sa compréhension et à son évolution ultérieure. Lois causales et lois probabilistes, indissolublement liées, sont deux faces inséparables de la même réalité. La transformation réciproque du hasard en nécessité est l’aspect le plus caractéristique des découvertes de la science contemporaine.

Dans le monde vivant, la chose qui frappe le plus est sa stabilité relativement aux multiples perturbations qui l’assaillent de toutes parts. Ni les systèmes d’équations différentielles, ni le chaos, par leur sensibilité aux conditions initiales et de leur impossibilité de se « réorganiser en marchant » ne constituent des systèmes adéquats pour décrire l’ensemble de cette réalité. La stabilité résulte de l’existence d’éléments contradictoires au sein même des phénomènes.

La nature probabiliste des phénomènes de la vie est intimement liée à l’existence de contradictions dans la dynamique du monde vivant. Chaque contradiction est locale, particulière, spécifique. Il n’existe pas de « contradiction en général », par contre, la contradiction existe au sein de chaque élément concret.

Basée sur l’irréversibilité du temps, sur l’analyse dynamique des flux informatifs, sur la recherche et la maîtrise des contradictions caractéristiques du système considéré, la logique dialectique représente une nouvelle façon de voir et de concevoir le monde et les hommes en particulier. Au lieu d’identifier l’homme à une liste finie de propriétés figées, son approche dialectique permet de passer de ces propriétés à leur loi de production, mettant ainsi en évidence le caractère historiquement relatif de toutes les propriétés humaines. Penser dialectiquement, c’est :

  1. Commencer par une critique systématique des concepts et des catégories utilisées.

  2. Ne pas se laisser enfermer dans la représentation des choses abstraites, closes sur elles-mêmes, immuables, absolues.

  3. Mettre en évidence les rapports et les contradictions spécifiques de la chose étudiée.

  4. Substituer partout l’analyse contradictoire des rapports à l’abstraction des choses.

  5. Considérer comme premier et comme déterminant, leur dynamisme et non leur structure : ne reconnaître comme absolu que le procès et non le résultat momentané de celui-ci.

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