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Existe-t-il, dans le monde scientifique d’aujourd’hui, des questions taboues qu’aucun scientifique compétant ne désire ni ne peux aborder ? Poser ainsi la question soulèverait l’indignation de beaucoup de scientifiques pour lesquels la méthode scientifique est ouverte à toutes les hypothèses et n’a pour unique objectif que la recherche progressive de la vérité à travers une méthode expérimentale de plus en plus sophistiquée. Et pourtant, il existe des branches où des chercheurs s’obstinent à éluder les questions que d’autres se posent, non sans raison.
Demandez à un astronome : Qu’y avait-il avant le Big-Bang ? L’univers est-il issu d’une génération spontanée à l’instant zéro de sa naissance ? Quel était l’état de la matière quelques infimes fractions de secondes avant (ou après : 10 –50 s.) l’instant fatidique ? La physique n’a-t-elle pas horreur des infinis ? Quelle est la nature de la force physique gigantesque qui a été à l’origine de “l’inflation” ? Le temps a-il commencé à exister à l’instant zéro du Big-Bang ? La notion de temps a-t-elle une signification dans ce monde totalement uniforme ? Sinon, que signifie le chronométrage en fractions de milliardième de seconde des instants les plus importants de l’univers ?
Demandez à un physicien si la nature doit obéir aux lois qu’il découvre et quelle est l’origine (physique ou temporelle) de ces lois. S’il est bien raisonnable, avant d’y investir des efforts énormes, de penser que toute l’évolution du monde puisse contenir dans une seule équation ? Quelle est la place du hasard et des contradictions dans l’évolution de la matière… ? Si vous leur posez ces questions, et bien d’autres que nous aborderons au cours de cette étude, vous n’aurez, de leur part que des réponses pour le moins évasives ou agacées.
Toutes ces questions, un scientifique n’a-t-il pas légitimement le droit de les poser ? Devant l’énorme réticence des astronomes à concevoir que le Big-Bang poserait plus de questions sans réponse que ce qu’il en résoudrait, je me suis demandé d’où pouvait provenir cette attitude. Une première explication possible me semble donnée par Denis et Hervé Zwirn dans leur article : « la révision des croyances ».
« La logique classique n’est pas armée pour modéliser les modifications de nos croyances par des messages contradictoires… L’agent rationnel suit un principe de changement minimal et cherche à préserver ses croyances les plus enracinées…Lorsqu’une théorie scientifique est confrontée à une expérience qui réfute l’une de ses conclusions, l’impact de cette réfutation peut ébranler n’importe quel énoncé de la théorie… Cette possibilité ouvre la voie à des stratagèmes immunisateurs visant à sauver à tout prix la partie d’une théorie que l’on désire conserver. La communauté scientifique s’accorde pour rejeter les énoncés les moins enracinés dans le corpus de nos croyances. » J’ai l’impression que les “stratagèmes immunisateurs” sont nombreux et variés pour défendre, en particulier, la théorie du Big-Bang
On ne peut pas se pencher sur l’origine de la matière sans se poser la question de l’origine des particules élémentaires qui la constituent. C’est d’ailleurs à travers leur genèse que l’on trouvera les vraies réponses aux questions ici posées. Car pour un matérialiste qui ne croit pas à la génération spontanée, on ne peut pas séparer la genèse de l’Univers de la genèse des particules qui le constituent.
Toute l’histoire de la formation des galaxies à partir du proton (ou de l’hydrogène) ou de l’apparition des êtres vivants à partir des molécules pré biotiques démontre que la nature part des éléments les plus simples pour aboutir progressivement aux plus compliqués. Il y a parfois des régressions partielles, mais elles ne sont jamais des retours en arrière : les trous noirs pour les étoiles, la décomposition des corps des êtres vivants qui viennent de mourir. Elles sont toujours le point de départ d’évolutions ultérieures qui ne figuraient pas dans la dynamique première. Les dynamiques changent mais la matière subsiste.
La linéarité apparente de l’évolution du monde vivant serait-elle en rapport avec l’apport d’informations de plus en plus complexes et diverses (au fur et à mesure que la matière se transforme) qui circule dans tout l’Univers par l’intermédiaire de différents supports ?
Se pencher sur ces questions relève à la fois de la science et de la philosophie et les solutions apportées par la science ne peuvent pas ne pas avoir une influence décisive sur les conceptions philosophiques. Dire que la réciproque est vrai pourrait surprendre certains scientifiques. Mais peut-on affirmer que, par exemple, l’anthropocentrisme a été sans influence dans l’apparition de la théorie du Big-bang ; ou dans la croyance que toute l’évolution du monde peut se ramener à chercher des solutions d’une équation différentielle globale ? C’est pourquoi il m’a semblé nécessaire de terminer par des considérations philosophiques.
Chercher des réponses à ces diverses questions sera le cheminement à la fois hardi, novateur, mais hasardeux de notre pensée qui ne devra jamais se trouver en contradiction avec l’expérience scientifique, (sauf ignorance ou erreurs de l’auteur). C’est un cheminement hasardeux car il bouscule bien des préjugés et entre en contradictions avec des interprétations expérimentales majoritairement acceptées. Il faut cependant savoir prendre des risques, même si certains les trouveront démesurés. Le lecteur sera juge de leur démesure.
L’auteur n’est pas un chercheur, mais simplement un scientifique qui a dérivé peu à peu vers la philosophie si bien que mon livre principal s’intitule : « Vers une philosophie scientifique » édité chez L’Harmattan.