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A propos du « livre noir du capitalisme

 

« Nous sommes des millions à sentir que le libéralisme nous mène à la catastrophe. Nous sommes des millions à vouloir vivre autrement. Ne nous résignons pas. » dites-vous. La logique de cette critique conduit nécessairement au dépassement de ce libéralisme meurtrier, à la recherche d’un nouvel idéal qui nous ouvre enfin de nouvelles et réelles perspectives.  Le libéralisme, comme vous le montrez si bien, va conduire, à travers son évolution même, à la perte de l’humanité mais vous semblez ne vouloir que l’accommoder !

Vous savez merveilleusement analyser ses contradictions, cependant vous avouez ne pas savoir analyser ce qui bloque votre action et celle du PS. Quand on voit tant de lucidité, tant de bonne volonté en vous, on ne peut que regretter que vous ne fassiez que la moitié du chemin. Vous êtes un révolutionnaire (ce qui fait peur au PS) qui s’ignore (ce qui vous réduit à l’impuissance). Telle est la contradiction majeure qui bloque, avec vous, toute la gauche modérée. Il ne faut plus produire uniquement pour gagner le maximum possible d’argent, mais d’abord, pour satisfaire les besoins des hommes, de tous les hommes. Cet objectif est complètement antinomique avec le libéralisme, quelle que soit sa forme plus ou moins atténuée. 

Vous critiquez très justement l’immobilisme du PS, mais comme le montre toute l’histoire récente tout seul le PS est réduit à l’impuissance. En fait, un idéal vraiment socialiste doit rassembler toute la gauche. Il faut tirer profit de toute sa diversité et toute sa richesse. Après votre excellente critique du libéralisme, vous semblez ne pas savoir où aller et vous regrettez seulement que le PS ne vous écoute pas, malgré vos bonnes intentions !

Bien qu’opposé à J.F. Kahn, je pense, comme lui, que si la gauche veut vraiment changer les choses (j’allais dire le monde) il faudra bien créer un parti qui aille de Fabius jusqu’à Besancenot. Cela exige de gros efforts d’humilité et de solidarité de la part de tous les acteurs, cela exige une révolution démocratique de tous les appareils politiques actuels, une mise à plat de leurs dogmes, de leurs présupposés à travers la définition d’un nouvel humanisme élaboré en commun.

Ce qui bloque c’est le manque d’ouverture vers la gauche. Rien dans l’idéologie du centre n’est compatible avec ce nouvel humanisme sous-jacent à votre pensée, avec cette nécessaire rupture avec le libéralisme que vous entrevoyez. Ce qui bloque c’est le manque de confiance envers les travailleurs pour prendre en main leur destinée pour imposer la fin du dictat du patron dans l’entreprise et le partage du pouvoir. 

Vous prônez à juste titre l’encadrement du marché par des lois restrictives (Ford, Keynes…) Mais, sans une intervention musclée de l’Etat, en particulier par une fiscalisation importante des revenus financiers (comme d’ailleurs vous le préconisez) et une diminution importante des intérêts bancaires, les 5% les plus riches n’abandonneront jamais une partie de leurs privilèges par philanthropie ! Leur ultralibéralisme risque de poser de gros problèmes à ceux qui veulent changer la société, car l’augmentation substantielle, indispensable, de la part des salaires dans le PIB, telle que vous la prônez, ne peut se faire qu’à leurs dépens. Le pouvoir absolu qu’exercent les patrons est à l’origine des principaux disfonctionnements que nous observons dans la société. Ils ne sont pas prêts à partager ni le pouvoir, ni les bénéfices. Ce sont des avancées qu’il faudra leur arracher. Le patronat ne veut pas en entendre parler ! l’Europe non plus, et le PS guère davantage. C’est là que le bât blesse.

Sortir de la crise par la croissance est une erreur, dites-vous. Une double erreur à mon sens. C’est d’abord une erreur sur le plan pratique car rapidement toutes les ressources de la Terre ne suffiraient pas à l’assumer : l’activité des hommes a déjà dépassé les limites que peut nous offrir la nature pour la pêche, la forêts, le pétrole (bientôt), l’absorption de CO2 etc. C’est surtout une erreur sur le plan écologique où la vie sur Terre paraît de plus en plus menacée. C’est d’ailleurs en cela que nous devons, sous peine de mort, arriver à une rupture avec les visions et les principes politiques du XXe siècle et libérer toutes les formes de contraception afin de limiter au plus vite la population mondiale.

La véritable sortie de crise est liée à une meilleure répartition du travail et des richesses qu’il produit. La semaine de quatre jours représente en soi une véritable révolution économique (voir les allongements de la durée du travail prônés par touts les régimes libéraux) qui ne peut être séparée d’une révolution sociale et politique dont vous ne parlez pas. Une telle réduction d’horaire qui est la seule véritable solution au chômage massif que nous connaissons doit faire intervenir non seulement une réorganisation sociopolitique, mais aussi une réorganisation interne de l’entreprise basée sur l’accord des travailleurs conduisant à un partage des tâches et des responsabilités à tous les échelons. 

Le problème est un problème français, un problème européen, pour ne pas dire un problème mondial : c’est le fonctionnement même du libéralisme qui est en cause (comme vous le dites si bien). Le cœur du problème n’est plus tellement celui de la production mondialisée, mais celui de la répartition des immenses richesses que nous produisons. Pour faire face à l’arrogante opposition des multinationales et des financiers de tout poil, une plus juste répartition des fruits du travail exige une véritable révolution à la fois économique et politique

 

Par Jean Terrier - Publié dans : Plotique
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